- février 24, 2025
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Les changements climatiques, qui ont marqué différentes régions de la Tunisie ces dernières années, posent de nombreux défis au secteur agricole, un pilier essentiel de l’économie nationale.
Bien que la Tunisie ait récemment connu des précipitations abondantes, remplissant les barrages à hauteur de 35,4 %, la situation dans le secteur agricole reste préoccupante. Les agriculteurs continuent de faire face aux défis de la sécheresse, aux changements dans le régime des pluies et à la hausse des températures. Ces conditions climatiques ont poussé les agriculteurs à s’adapter en modifiant les calendriers traditionnels de semis et de récolte.
Aujourd’hui, l’agriculture est menacée par une baisse de la production et un recul de la rentabilité, notamment parce que les méthodes traditionnelles de gestion des risques ne sont plus adaptées aux conditions actuelles. La hausse des températures a particulièrement affecté les cultures de blé, dont les épis jaunissent faute de pluie, favorisant ainsi l’apparition de maladies végétales. Cette situation a contraint la Tunisie à importer plus de 95 % de ses céréales en 2023 pour répondre à ses besoins alimentaires. Ces bouleversements ne se limitent pas aux cultures, mais affectent également l’économie nationale. Les pertes dues aux changements climatiques pourraient atteindre entre 3 et 5 milliards de dollars par an d’ici 2030. Sur le plan humain, ces défis ont un impact significatif sur les agriculteurs. Le manque de précipitations, qui affecte l’agriculture pluviale, a poussé de nombreux agriculteurs à migrer vers les villes pour chercher du travail dans d’autres secteurs, menaçant ainsi ce domaine d’une autre crise : l’abandon progressif de l’activité agricole par certains exploitants.
La saison d’agricultures 2023/2024 avait pourtant commencé sous de bons auspices. Cependant, l’arrêt des pluies dès la deuxième moitié de mars 2024 et la hausse des températures ont eu des effets négatifs sur l’état général des cultures, entraînant une baisse de la production, comme l’a indiqué le ministère de l’Agriculture lors d’une conférence de presse tenue le mercredi 11 septembre 2024.
En janvier 2025, la balance commerciale alimentaire a enregistré un excédent de 4,174 millions de dinars, contre 2,469 millions de dinars durant la même période de l’année précédente. Le taux de couverture des importations par les exportations a atteint 125 %, contre 192,8 % en janvier 2024. Toutefois, la valeur des exportations alimentaires a baissé de 6,10 %, tandis que les importations ont augmenté de 9,37 %, selon les dernières statistiques publiées par l’Observatoire national de l’agriculture.
Cette diminution de l’excédent s’explique principalement par la baisse des exportations d’huile d’olive (-14,7 %), de dattes (-2,7 %) et de produits de la pêche (-54,4 %), alors que les importations de céréales (+32,2 %) et de sucre (+65,1 %) ont fortement augmenté.
Les changements climatiques persistants et le manque d’engrais figurent parmi les obstacles récurrents du secteur céréalier, empêchant la Tunisie de couvrir plus de 5 à 6 % de ses besoins annuels en céréales, selon l’économiste de l’Union des agriculteurs, Fethi Ben Khalifa. Il a également souligné les retards dans la fourniture des semences, de l’ammonitrate et des financements, ce qui réduit les surfaces récoltées par rapport aux prévisions de l’État. Pour la campagne précédente 2023/2024, les superficies semées s’élevaient à 972 000 hectares, contre 717 000 hectares récoltés, avec un total collecté de 6,7 millions de quintaux, dont 88 % de blé dur.
L’adaptation aux fluctuations climatiques est une priorité urgente nécessitant des stratégies visant à garantir la durabilité du secteur agricole. Le gouvernement doit poursuivre ses efforts pour réviser la carte agricole en fonction des changements climatiques, élaborer des plans bien étudiés pour améliorer la productivité tout en préservant les ressources naturelles, et fournir un soutien approprié aux agriculteurs pour faire face à l’augmentation constante des coûts de production.